Presidentielles 2004 au cameroun: Un pas de plus vers la democratie?
Présidentielles 2004 au Cameroun :Un pas de plus vers la démocratie ?
Par Sedar Senghor NOUWEZEM
Doctorant en droit international
université de yaoundé II ,
MBA student, school of technology
and Management, London
A la faveur du « libéralisme politique », les élections et plus précisément les élections présidentielles sont de nouveau à l’ordre du jour au Cameroun comme cela fut le cas dans les années 1992 et 1997. Rituel important de la vie politique camerounaise les élections présidentielles sont un moment d’accomplissement d’une identité citoyenne en ce sens qu’elles octroient aux membres de la communauté le droit de designer ou mieux de choisir leur représentant, celui qui devra présider à la destinée de leur nation toute entière[1][1]. En effet le processus électoral d’octobre dernier par rapport à ses devancières, a fait éclore un certain nombre d’initiatives novatrices propres à relancer ou mieux à confirmer une certaine évolution, du moins une évolution certaine dans le processus démocratique camerounais[2][2].
Ainsi, comme on a pu le remarquer pour la première fois dans l’histoire récente de notre pays, le Cameroun connaît les prémices d’une avancée réelle démocratique (I) même si tout le processus électoral reste enfreint à certaines pesanteurs (II)
I- Les avancées notables dans le processus démocratique camerounais…
Les mutations du champ politique camerounais induites par le multipartisme jointes à l’expérience des deux dernières élections présidentielles de 1992 et 1997 ont fortement influencé le processus électoral camerounais comme on peut le constater au niveau des échéances électorales d’octobre dernier. En effet, en plus des avancées juridiques certaines, une maturation sociopolitique a été relevée pendant ces élections.
A- Les avancées juridiques certaines
Le scrutin du 11 octobre 2004 dernier a globalement permis de voir l’entrée en vigueur ou mieux la mise en oeuvre de certains textes juridiques nouveaux qui n’étaient pas applicables lors des deux dernières échéances électorales présidentielles[3][3] depuis l’avènement de la démocratie pluraliste au cameroun.
Il en est ainsi, abstraction faite de la loi N° 92/010 du 17 septembre 1992 fixant les conditions d’élection et de suppléance à la présidence de la république modifiée et complétée par la loi N° 97/020 du 09 septembre 1997, de la loi N° 2000/015 du 19 décembre 2000 instituant le financement des partis politiques et des campagnes électorales qui, pour la première fois a été appliquée dans ce contexte d’élections présidentielles. C’est une loi dont l’objectif est de favoriser la compétition électorale parce que basée sur des principes d’égalité, d’équité entre les candidats.
Outre cela, dans le cadre des mesures gouvernementales en faveur de la transparence du processus électoral, de nouveaux textes ont été promulgués pour réguler la médiatisation des candidats afin d’enrichir la campagne électorale de tous les outils modernes susceptibles de véhiculer le programme et images des différents candidats.
Aussi, la loi du 19 décembre 2000 modifiée en 2003 portant création d’un observatoire national des élections (ONEL) s’inscrit dans la même logique : l’application de ce texte, évènement nouveau dans un contexte d’élections présidentielles au Cameroun témoigne du souci d’assurer un peu plus de sérénité et de transparence à ces élections.
Dans la même logique, le rôle du juge constitutionnel a été d’une importance capitale ; il s’est imposé en véritable gardien de la transparence des élections présidentielles compte tenu du nombre des réclamations et de ses décisions rendues lors de cette dernière consultation électorale.
En somme, il est à noter que le système camerounais dispose d’un ensemble de verrous permettant de s’assurer de la transparence de l’élection présidentielle mais à côté de cet arsenal juridique, une grande maturité sociopolitique de l’environnement politique camerounais est à relever.
B- Une certaine maturité socio-politique attestée
L’enjeu primordial des élections présidentielles d’octobre dernier est qu’elles ont donné un peu plus de crédibilité au processus démocratique camerounais. En effet, l’idée d’une élection présidentielle harmonieuse, transparente, sereine et équitable a été de tout temps l’idéal des camerounais. En réponse aux multiples revendications du peuple camerounais, des bailleurs de fonds et de la société civile, la participation ou mieux la contribution des ONG, des medias, associations et organismes internationaux au processus électoral suivie de la préparation et la formation des responsables et délégués de l’ONEL chargés de la sensibilisation, de la supervision et du contrôle des élections sont l’une des innovations de cette dernière échéance électorale et constituent ipso facto des remparts incontournables en faveur des élections libres et démocratiques. L’utilisation des urnes transparentes, longtemps réclamées par les partis politiques et la société civile et fournies par les partenaires internationaux[4][4] lors de ce scrutin d’octobre 2004 confirme la progression du Cameroun vers une société de droit et de liberté.
Aussi, au cours des présidentielles d’octobre dernier, les tensions des campagnes électorales et les contestations du verdict des urnes jadis constatées, n’étaient pas au rendez-vous. En revanche plutôt, a-t-on assisté à une certaine ascèse dialectique de la part de la population camerounaise toute entière et de certains candidats qui, au lendemain de la proclamation des résultats du scrutin, ont adressé vivement leurs félicitations au candidat vainqueur ; geste qui démontre l’acceptation et le respect du verdict des urnes par tout les camerounais.
Au demeurant, après l’expression libre et démocratique manifestée par le peuple camerounais souverain, l’on peut relever que le Cameroun confirme sa marche en avant vers l’état de droit et de démocratie. Mais le processus démocratique camerounais reste sujet à certaines pesanteurs.
II- Les pesanteurs du processus électoral camerounais.
Depuis l’avènement de la démocratie pluraliste au Cameroun, les élections qu’elles soient municipales, législatives ou présidentielles sont très généralement entachées de certains vices qui font que le Cameroun ait du mal à s’installer véritablement sur le chemin de la démocratie; c’est ainsi que, lors des échéances électorales d’octobre dernier, on a pu relever certains faits et comportements qui dénaturent la crédibilité du processus électoral camerounais : il en est ainsi du comportement des électeurs pendant ces élections et de la multitude des candidats en lice.
A- Le désintéressement des électeurs
Au cours des dernières échéances électorales, plus d’un camerounais sur deux n’étaient pas inscrit sur les listes électorales et n’avaient pas reçu de carte d’électeur. Ainsi, seule une estimation approximative de quatre (4) millions d’électeurs se sont rendu aux urnes pour choisir parmi les seize (16) candidats en lice celui qui devra présider aux destinées du Cameroun ces sept (7) prochaines années. Cette situation de résignation des électeurs qu’on peut qualifier de « déni du peuple de voter » est la résultante d’une schème de frustrations et engouasses accumulées depuis belle lurette vis à vis du pouvoir en place. En fait, les électeurs ont été pendant longtemps sujet à une panoplie de manœuvres politiques qui continuent à sévir jusqu’à nos jours à l’instar de l’inscription sélective sur les listes électorales, la rétention des cartes d’électeurs ou la disparition sur les listes électorales des noms de certains électeurs, autant d’actes qui font naître chez les électeurs, un sentiment d’impuissance et d’incompétence face à leur droit ou leur devoir de vote et qui minimisent le pluralisme politique au cameroun.
Aussi est-il à noter que les électeurs en se soustrayant à leur droit ou mieux leur devoir de vote, laisse d’autres citoyens choisir à leur place ; et de ce fait, ils ne peuvent que subir les conséquences issues du choix des autres ;ceci selon adage, « si tu ne fais pas la politique, elle va te faire ». En revanche, ce désistement des électeurs n’est pas le seul événement qui a miné le processus électoral, la multitude de candidats en lice est à cet effet très évocateur.
B- La démarche mercantile des candidats aux présidentielles d’octobre 2004
Jamais dans l’histoire politique du Cameroun, aucune élection n’aura connu autant d’engouement comme celle d’octobre dernier. En effet, seize (16) candidats étaient en lice pour cette élection présidentielle. Cette multiplicité de candidats en lice résulte sans nul doute de l’accès aux multiples financements offerts par la loi N°97/020 du 09 septembre 1997, de la loi N° 2000/015 du 19 décembre 2000 instituant le financement des partis politiques et des campagnes électorales.
Il s’agit alors pour ces candidats d’une démarche mercantile qui relègue la politique au rang d’une banale activité commerciale[5][5]. Ceci est d’autant plus vrai car parmi cette multitude de candidats ayant agité la scène politique, beaucoup d’entre eux n’avaient aucune base électorale réelle et/ou n’avaient aucun mandat électif réel (conseillers municipaux, député…) et bien plus, peu d’entre eux pouvaient se prévaloir de leurs performances dans quelques domaines : leur curriculum vitae pour leur objectif recherché étant maigre.
Ainsi, à l’analyse, il ressort que la pléthore de candidature en lice, « loin d’être un indicateur de vitalité de la démocratie, constitue plutôt un indice de pauvreté de la démocratie au Cameroun »[6][6] et a en revanche contribuer à l’encombrement de la scène politique camerounaise plutôt que de crédibiliser le processus électoral camerounais.
Toute analyse faite, il est à noter qu’à l’issue du scrutin d’octobre dernier, le Cameroun a entrepris sa marche en avant ; les innovations textuelles et l’implication des différents acteurs (ONG, associations et organismes internationaux…) à tous les niveaux du processus électoral témoignent d’une crédibilité du processus électoral et d’une exigence démocratique même s’il est à regretter, la survivance de certaines manœuvres et pratiques qui minent le processus démocratique camerounais.
Mais quoiqu’il en soit, conséquence logique des efforts des uns et des intérêts croissants des autres, la viabilité politique du Cameroun s ‘est trouvée incontestablement « élargie » au sortir des échéances électorales d’octobre 2004. Dans cette logique, souhaitons ou mieux faisons qu’elle puisse faciliter l’implantation effective de la démocratie dans notre pays pour que rayonne le « CAMEROUN, BERCEAU DE NOS ANCETRES ».
The original source of this article is http://senghoriste.over-blog.com/article
[1][1] Voir Kemfouet kengny Emile Derlin, Le contentieux des élections présidentielles au Cameroun et au Gabon ; Mémoire de DEA en droit communautaire Université de Dschang, juillet 2003, p9
[2][2] Voir Dr Marcelin Nguélé Abada : La fraude électorale est devenue un slogan ; in Journal Mutations N° 1259, du 18 octobre 2004, p5
[3][3] Il s ‘agit ici des élections présidentielles de 1992 et de 1997
[4][4] Coopération canadienne :2500 urnes transparentes, la Grande Bretagne 1500 urnes et le Japon 1000 urnes.
[5][5] Voir Afrique Diagnostic N° 410, Octobre 2004, p10
[6][6] Voir Afrique Diagnostic précité, p8
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